Dans l’une des principales décharges municipales d’Oulan-Bator, au nord-est de la capitale mongole, des hommes et des femmes viennent chaque jour récupérer ce que la ville rejette. Ils fouillent des amas gelés à la recherche de plastique, de métal ou de matériaux revendables pour le recyclage. À moins vingt degrés, leurs gestes sont rapides, dictés par la nécessité. Par endroits, je vois des feux offrir quelques instants de chaleur, au milieu des fumées noires et des détritus
La dureté du lieu s’est imposée immédiatement. Une économie informelle, précaire, où chaque objet trouvé a une valeur immédiate. Puis mon regard de photographe s’est élargi. Autour de moi, autour de la décharge, les paysages d’une beauté exceptionnelle. Les montagnes enneigées de Mongolie encerclent le site, immenses, silencieuses, presque intactes. Elles instaurent une distance troublante avec ce qui se joue au premier plan.
Le contraste est direct. D’un côté, les restes visibles de notre société de consommation. De l’autre, une nature encore préservée, comme en retrait. Cette coexistence crée une tension qui m’oblige à regarder autrement.
Cette série ne cherche pas à accentuer une réalité déjà brutale. Elle pose une situation : celle d’un décor grandiose qui révèle, sans détour, la fragilité du monde que nous transformons.
Entre drame écologique et puissance du paysage, la question reste ouverte. Que me dit cette scène de notre manière d’habiter le monde ? Et jusqu’où cette contradiction peut-elle tenir ?
Christian Barbé
Mongolie 2025