décharges d' Andrananitra à Madagascar

Les décharges d’Andralanitra à Madagascar, 2017


«         Créée en 1966, le site d’Andralanitra, à la périphérie d’Antananarivo, capitale de Madagascar, contient des déchets qui s’accumulent sur environ 20 hectares. Le tri se fait à mains nues par quelque 3000 chiffonniers se rendant quotidiennement sur le site.

                  Christian Barbé a regardé longuement travailler ces hommes et ces femmes souvent accompagnés de leurs enfants. Chaque cliché de la série Les décharges d’Andralanitra, réalisée en 2017, constitue une scène qui se répète depuis des décennies. Les mêmes attentes guident les gestes de ceux qui fouillent ce lieu surnommé la ville des mouches.
Les photographies retenues ici nous font pénétrer au cœur d’Andralanitra, et approcher au plus près des êtres qui vivent au rythme de l’arrivée des camions-bennes et des découvertes de la journée. Le moindre morceau de métal, fer ou cuivre, provenant entre autres de fils électriques, a plus de valeur que les bouteilles en plastique.

Les hommes et les femmes sont absorbés par leur tâche, « tels des paysans dans leurs champs ou des pêcheurs ramassant des ordures échouées sur la grève » nous dit Christian Barbé.

L’objectif retient ici l’amplitude du geste de celui qui déblaie une parcelle de terrain à l’aide de son instrument en bois, et là ceux qui, le dos courbé, cherchent de quoi remplir les paniers en vannerie traditionnelle ou les sacs en jute ou en plastique. Plus loin, on aperçoit un garçon qui évite des obstacles et porte avec précaution ses trouvailles.
La mise en perspective des différents espaces photographiés en plan large laisse supposer l’énergie incroyable qui est déployée chaque jour par une multitude de personnes. Leur but : survivre.

                Christian Barbé joue parfaitement des effets d’ombre et de lumière pour intensifier la présence de ses sujets, êtres humains et animaux. En témoigne la photographie où le zoom sur la gueule du chien, enfouie dans les détritus, produit un effet saisissant de réalisme. Les chiens envahissent eux-aussi le terrain à la recherche d’une maigre pitance. Lorsque le photographe maintient la distance, parvient à saisir les animaux immobiles durant un instant, on ne sait pas s’il est fasciné par la scène d’outre-tombe qui se déroule sous ses yeux ou si ce sont les chiens qui l’observent. Les animaux à l’allure inquiétante semblent être les seuls survivants d’un champ de bataille d’où s’élève de la fumée. À moins qu’ils ne soient les gardiens d’un sanctuaire devenu inaccessible ?

Andralanitra est un bout de terre maudite de Madagascar, pays où la spiritualité est si forte et la protection des êtres de l’autre monde si nécessaire. Andralanitra a été oubliée des dieux et des ancêtres. »


                                                  FONDATION DAPPER exposition « Vivre » à Gorée au Sénégal en avril 2019
                                                                                 Christiane Falgayrettes-Leveau Directrice de la Fondation
 
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